Des forêts domestiques en transition : repenser la résilience et la gouvernance d’une interface socio-écologique en changement
Programme : PEPR FORESTT
Portée : Internationale
Les changements globaux questionnent les relations nature-sociétés actuelles, révélant non seulement leurs impacts écologiques mais aussi leurs limites socio-économiques. Aborder cet enjeu de durabilité nécessite une collaboration inter- et transdisciplinaire, mais ces efforts restent souvent sectoriels. Les secteurs forestier et agricole, notamment, fonctionnent en silo et traitent peu des enjeux émanant à leur interface, tels que ceux de la résilience et de la gouvernance durable des forêts domestiques – forêts dont la gestion est principalement opérée par les agriculteurs et les sociétés rurales. Dans ces forêts, certaines espèces, comme par exemple les oléastres et les cormiers, sont menacées par des échanges génétiques avec les variétés agricoles. Par ailleurs, la foresterie conventionnelle néglige souvent le potentiel socio-économique des forêts domestiques, sources pourtant d’une diversité de produits forestiers ligneux et non-ligneux. Le projet DoForChange vise à déployer une analyse intégrée des forêts domestiques et à promouvoir une gouvernance juste et durable tenant compte des liens entre les dynamiques forestières et agricoles. Via une approche transdisciplinaire, le projet vise à : (i) mieux comprendre les interactions socio-écologiques entre forêts domestiques et espaces agricoles, (ii) faire dialoguer les acteurs forestiers et agricoles pour identifier des opportunités socio-économiques et promouvoir une gestion plus équitable et durable, et (iii) contribuer à la conservation génétique et à l’adaptation des forêts domestiques à un environnement changeant.
Cette approche s’appuiera sur trois espèces le long d’un gradient d’intégration forêt-agriculture dans des systèmes méditerranéens et tropicaux : le cormier (Cormus domestica) en France, confronté à des défis de conservation génétique malgré son intérêt croissant pour la foresterie et l’agroforesterie ; les oléastres (Olea europaea subsp. europaea var. sylvestris) au nord du Maroc, dont la diversité génétique est menacée par l’essor de l’oléiculture qui compromet leur résilience et leurs usages locaux ; (iii) les caryocar (Caryocar spp.) en Guyane française, essentiels aux communautés locales mais dont les dynamiques génétiques et le potentiel économique restent méconnus. Une analyse transversale des systèmes socio-écologiques (SES) de ces espèces fourniront des résultats contextuels tout en permettant une montée en généralités.
Le premier axe de recherche vise à coconcevoir, avec les acteurs locaux, des systèmes de gouvernance équitables et durables. Une originalité clé du projet réside dans son ambition de considérer le consortium transdisciplinaire, producteur de connaissances et de normes sur les forêts domestiques, comme un acteur de la gouvernance. Le projet abordera les inégalités au sein des SES étudiés et du consortium lui-même, et déploiera des approches participatives pour coconcevoir des innovations techniques et/ou socio-organisationnelles. Le deuxième axe porte sur la diversité biologique des trois espèces. Il vise, d’une part, à mieux comprendre leur diversité génétique et à évaluer l’importance des flux de gènes entre leurs formes forestières et agricoles ; d’autre part, à explorer les liens entre diversité génétique et fonctionnelle, notamment pour des traits comme la résistance à la sécheresse. Enfin, cet axe contribuera à promouvoir la conservation ex-situ de ces espèces en amorçant la conception de collections de référence en partenariat avec les porteurs d’enjeux. Le troisième axe documentera les usages passés, présents et futurs des espèces, en tenant compte de tous les acteurs directs et indirects. Il analysera les usages contemporains, évaluera les conflits potentiels d’usages et de valeurs (lien avec l’Axe 1) et retracera les trajectoires historiques. La caractérisation mécanique des bois (lien avec l’Axe 2) permettra d’évaluer le potentiel d’innovation pour des applications peu explorées, comme l’utilisation du cormier en lutherie.
COLLABORATIONS
- École Nationale d'Agriculture de Meknès
- Association Cormier Sorbus domestica
- Association pour la Conservation, l'Étude et la Valorisation des Bois de Lutherie et de la Facture Instrumentale
- Université de Franche Comté
- Faculté de Larache